Stanislas – Damien Nodé-Langlois

1- Présentation du projet en quelques mots

Le projet est né dans la classe ULIS du lycée Stanislas à Paris, dont je suis professeur de SVT. J’ai 10 élèves : 5 autistes et 5 trisomiques. Nous ne pouvions clairement pas faire une année de cours uniquement dans un laboratoire et nous voulions du concret. D’un point de vue pédagogique, nous avions deux grands objectifs : parler de la nutrition et de la reproduction. Et d’un point de vue humain, il nous fallait travailler sur un projet commun, apprendre à se connaître, se faire confiance, faire quelque chose ensemble. Suite à différentes rencontres nous avons eu l’idée d’installer 3 ruches sur un toit de l’école et de mettre en place ce projet fédérateur.
C’est un projet intégral : ils sont à l’origine du projet et ils arrivent à la fin avec un produit fini, cela est aussi génial. Ils rentrent dans un projet professionnel complet, jusqu’à la mise en pot et à l’étiquetage. (quand nous aurons du Miel!)

2- En quoi le projet prend soin de l’environnement et des personnes ?

Cela prend soin de l’environnement, parce que nous savons aujourd’hui qu’il y a un réel problème au niveau de la pollinisation et que les abeilles ont un rôle important dans ce processus. Dans le quartier, il y a beaucoup d’arbres et de fleurs (avec notamment le jardin du Luxembourg).
Cela prend soin aussi de nous, des élèves, des professeurs. Je me souviens du responsable des classes ULIS : la première fois qu’il est venu voir les abeilles il m’a dit « c’est incroyable, c’est vrai, c’est apaisant ». J’ai entendu pour la première fois le son de la voix d’une élève autiste, grâce aux ruches. Il me fallait des volontaires pour manipuler les ruches et avec un sourire incroyable elle s’est portée volontaire. Le rapport aux animaux est différent pour ces enfants qui ont un handicap. Ils ont une relation à la nature très touchant. Les abeilles obtiennent des résultats auprès de ces enfants, que nous éducateurs ne parvenons pas à obtenir.

3- Quels changements / évolutions avez-vous constaté concrètement depuis le lancement du projet ?

Changement chez moi, parce que cela me passionne. Et c’est un projet qui fédère finalement tout l’établissement. Des professeurs que je ne côtoie pas forcément s’adressent à moi pour me questionner sur les Ruches, des élèves croisés dans la cours parlent spontanément des abeilles, de leurs allées et venues…
En général c’est toujours l’élève handicapé qui vient dans une classe normale, qui est accueilli par les autres. Il y a souvent « je t’accueille toi l’handicapé », et là des élèves non handicapé se retrouve dans la situation de désirer le projet de ces jeunes, ils les envient! Je voudrais complètement inverser cette situation en préparant un cours avec mes élèves ULIS pour présenter leur travail et les abeilles aux autres élèves.

Annexes

> Quelles difficultés avez-vous rencontré ? et comment les avez-vous surmontées ?
Au début plusieurs personnes ont eu peur : C’est dangereux, des enfants vont se faire piquer et s’ils sont allergiques… mais jusqu’à aujourd’hui personne ne s’est fait piquer.
C’est la nature, on ne maîtrise pas tout : sur trois ruche un essaim est parti… il a fallu le remplacer.
Difficulté par rapport au temps… on a eu un mois de mai et juin catastrophique… on devait avoir du miel et on n’en a pas, cela fait partie du jeu et de la nature. Il y a des paramètres qu’on ne maîtrise pas et qui font partie du jeu.

> Avez-vous un conseil pour ceux qui veulent se lancer ?
– Choisir un projet qui me touche, me plait. Parce que cela vous plait vous allez avoir envie de le transmettre et de motiver les autres autour de vous.
– Commencer petit, ne pas voir trop grand et ajouter les éléments petit à petit.

> Dans cette démarche de quoi êtes-vous le plus fier ?
Clairement, j’ai été très fier quand je les ai emmené dans le rucher de Port Royal, quand les élèves terminaient les phrases des apiculteurs qui nous présentaient leurs ruches. Les personnes étaient surprises de voir ce que nos élèves connaissaient et les élèves étaient très fiers de dire qu’ils avaient eux aussi des ruches.
Et je garderais toujours l’image de cette jeune fille, de sa voix, de son sourire, qui m’a ébloui quand je l’ai entendu parler pour la première fois dans mon cours !
Je suis témoin de qqc de beau qui se déroule sans que j’en sois responsable. Les abeilles permettent de réaliser qqc que je ne peux pas faire de moi même. Je suis fier d’avoir mis en place un projet qui permet quelque chose de déroutant et de « désinstallant » en permanence.