Monastère de Taulignan – Sœur Marie-Madeleine

1- Présentation du projet en quelques mots

Notre projet pourrait se résumer par l’entrée dans une démarche progressive et cohérente d’écologie globale.
Nous avons débuté avec le souhait de cultiver des plantes aromatiques bio, pour produire des plantes séchées et des huiles essentielles, en choississant des plantes locales, notamment la lavande et le romarin. Nous cultivons essentiellement à la main.
En parallèle nous avons décidé de réfléchir à notre démarche à la lumière de notre foi. Nous avons alors suivi une formation à la théologie de la création, et un groupe de réflexion avec des laïcs s’est constitué autour du monastère, cherchant comment articuler foi et engagement écologique. Ce groupe a abouti à la création de l’association Oeko-Logia, qui s’investit aujourd’hui dans la formation et la sensibilisation à l’écologie avec un regard chrétien.
Nous sommes également entrées dans une démarche d’achat de produits alimentaires bio et locaux autant que cela est possible, à défaut de pouvoir cultiver nos propres légumes par manque de forces disponibles.
Enfin, nous essayons de relire tout notre quotidien dans un souci écologique, en incluant notamment la question des énergies.

2- En quoi le projet prend soin de l’environnement et des personnes ?

Nous prenons soin de l’environnement, car il n’y a plus aucun produit chimique dans le jardin et nous travaillons la terre à la main, ce qui permet de respecter davantage sa structure naturelle. Les amendements apportés sont majoritairement locaux, issus notamment du recyclage de tous les déchets végétaux, et nous veillons particulièrement à restaurer la vie du sol. Nous avons en tout 3 ha de surfaces cultivables dont un actuellement en production par nos soins. Par ailleurs, nous sommes aussi persuadées que l’alimentation bio vers laquelle nous tendons a un impact sur la santé des personnes.

En ce qui concerne le soin aux personnes, le fait même de travailler la terre à la main est très bénéfique pour tous, en termes de restructuration et d’ouverture. Cela se vérifie aussi bien avec les sœurs, que les hôtes (à qui nous proposons d’aider à nos travaux pendant leurs séjours s’ils le désirent) ou les membres des associations d’insertion, personnes handicapées ou en décrochage social, qui travaillent régulièrement chez nous.

3- Quels changements / évolutions avez-vous constaté concrètement depuis le lancement du projet ?

Par rapport à la communauté, les sœurs sont plus naturellement sensibles à des gestes éco citoyens. Par exemple, une sœur qui a besoin d’un vsl sera aujourd’hui plus attentive à le faire en covoiturage. La sensibilisation écologique se traduit aussi par une attention toujours plus grande en ce qui concerne l’énergie et l’eau, alors même que nous sommes déjà sur une base de sobriété dans un monastère. Nous avons également mis en place un compost et le tri de déchets, ce qui réduit considérablement le volume de nos déchets ménagers.

Notre engagement écologique ouvre aussi notre monastère à l’accueil de personnes qui ne seraient pas venues sans cela.

Au niveau environnemental, dans les parcelles qui avaient été conduites en culture conventionnelle, et dans lesquelles il n’y avait plus aucune faune quand nous les avons reprises, nous pouvons maintenant observer quantité d’insectes, et bien sûr, les lombrics tant attendus… Nous avons pu constater aussi une diminution flagrante de l’érosion. En effet nous avons beaucoup d’orages et depuis 3 ou 4 ans, nous n’avons plus de torrents de boue qui dévalent les pentes (sauf ceux du voisin).

Annexes

> Quelles difficultés avez-vous rencontré ? et comment les avez-vous surmontées ?
Dans la communauté, il y a, bien évidemment, différentes sensibilités en ce qui concerne l’écologie. Il nous a fallu laisser le temps nécessaire à chacune pour entrer sur ce chemin de conversion écologique. Le dialogue est essentiel pour parvenir à nous accorder.
Quant à notre projet agricole, son développement est limité par les contraintes de la vie monastique, en termes de priorité et de disponibilité. Nous sommes moniales dominicaines avant d’être agricultrices ! Mais cette limite est finalement très écologique : on ne peut pas tout faire.

> Avez-vous un conseil pour ceux qui veulent se lancer ?
1er conseil : Il faut avancer par petits pas. Ne chercher ni à avancer sur tous les fronts en même temps, ni à faire tout d’un coup.
2ème conseil : lire l’encyclique du pape François.

> Dans cette démarche de quoi êtes-vous le plus fier ?
Côté communauté :
1- Le chemin que nous avons parcouru vers un plus grand souci écologique, et qui se poursuit, c’est ensemble que nous l’avons parcouru. Les unes entraînent les autres, mais chacune est devenue fondamentalement ouverte à une remise en question.
Côté agricole :
2- Une parcelle plantée selon les lignes de niveaux (rangs courbes) ce qu’on ne trouve plus dans notre paysage. Outre le plaisir des yeux, cela contribue fortement à la lutte contre l’érosion.
3- Au printemps nous avons semé des graines des cyprès qui vont servir pour planter une haie dans quelques années. On sort de l’immédiateté… pour retrouver le temps de la nature.